La RSE s’impose dans le secteur HBJO

La journée RSE organisée par Francéclat a confirmé l’implication de la filière HBJO dans des programmes concrets visant la responsabilité et la durabilité de ses entreprises.

Crédit photo : LE JOURNAL DE LA BIJOUTERIE

Francéclat a remis son prix RSE mercredi dernier à Paris, à l’issue d’une journée riche en échanges et témoignages concrets. La Responsabilité Sociétale des Entreprises n’est pas une obligation, mais la Commission Européenne la définit comme « une contribution volontaire, par les entreprises, de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leurs relations avec les parties prenantes ».

Parmi les intervenants de la journée, Patrick d’Humières, expert dans les relations entreprise et société, observe la dégradation de notre environnement et l’épuisement de nos ressources naturelles depuis des décennies. Son constat est sans appel : le concept fondamental de la société de demain sera la sobriété et il est urgent d’améliorer la gouvernance collective du sujet de la RSE. Et de conclure avec la fameuse phrase : « Il n’y a pas d’entreprise qui gagne dans un monde qui perd ».

Dans le secteur HBJO, selon Francéclat, seulement 30% des entreprises ont formalisé une démarche RSE, et le chiffre s’écroule dès que l’on interroge les PME. Car entreprendre une démarche RSE représente un coût que peu d’entrepreneurs peuvent, volontairement ou non, allouer. La Journée RSE de mercredi a permis de mettre en exergue de beaux projets et de prouver que l’on peut associer un engagement éthique et durable à une activité florissante. 

La filière HBJOAT face aux enjeux de la RSE

Les représentants des différentes organisations professionnelles présentes autour d’Hervé Buffet de Francéclat s’accordent à dire que, face à l’épuisement des ressources naturelles, il est urgent de réagir. Emilie Kain-Lacombre, secrétaire générale de la BOCI a insisté sur le recyclage des matériaux pour éviter de jeter de ressources encore exploitables, comme des stocks destinés au rebus donnés à des écoles. Et de citer des initiatives d’entreprises se positionnant sur la réparation de bijoux de mode. Pour la Confédération des Arts de la Table, Thierry Villotte a alerté sur le stress hydrique, principal enjeu de sa filière très consommatrice d’eau. Face à l’assèchement des nappes phréatiques, certaines entreprises risquent la fermeture de leur activité. Le recyclage de l’eau s’impose dans certaines régions pour pérenniser l’activité économique de tout un bassin d’emplois.

Au niveau mondial, Iris Maria Alexis Van der Veken a présenté le Watch and Jewellery Initiative 2030 (WJI 2030), un mouvement initié par Kering et Cartier en 2022, rejoint par d’autres majors du secteur, avec une ambition commune : unir les acteurs de toute la chaîne de valeur de l'horlogerie et de la joaillerie pour promouvoir la résilience climatique, préserver les ressources et favoriser l'inclusivité.

Parmi les actions concrètes, le Conscious Craft est un guide sur le sourcing responsable de toute la chaîne de fabrication dans la joaillerie et l’horlogerie. 

Le guide d’application 360° de Francéclat ou comment intégrer concrètement la RSE dans sa stratégie d’entreprise

Point d’orgue de la journée, la présentation du guide 360° RSE imaginé par Francéclat a remporté un vif intérêt. Présenté par Anouk Quemeneur de Francéclat et Sarah Bougeard de Time To Act,, ce guide propose un dispositif complet en 4 parties : diagnostic, reporting, pilotage et communication. L’objectif est clair : structurer son plan d’action RSE quelle que soit la taille de l’entreprise et son niveau d’avancement. L’outil utilise la norme VSME, norme de reporting et cadre financier que certaines grandes entreprises peuvent exiger de leurs fournisseurs, d’où l’intérêt pour nombre d’entreprises du secteur HBJO de le maîtriser.

Comment Thom Europe, Aurouet de Mervelec et Mathon Paris ont inclus la RSE dans leur entreprise ?

Les témoignes de trois fleurons du secteur HBJO ont démontré qu’entreprendre une démarche RSE pouvait s’avérer très profitable pour l’entreprise. Pour le groupe Thom Europe, la RSE implique les 6000 collaborateurs à travers le monde. Après avoir analysé son bilan carbone et interrogé ses clients et ses fournisseurs, la structure RSE pilotée par Estelle de Caneva a établi un plan d’action 2030 sur 3 piliers :

  1. RH : bien-être des collaborateurs, égalité des chances, partage de valeur

  2. Environnement et éthique : 100% d’achat responsable, maîtrise d’une chaîne de valeur responsable depuis la mine, baisse des effets de serre

  3. Produit : qualité et durabilité des bijoux

Pour la PME implantée à Paris et à Besançon Aurouet de Mervelec, la RSE s’est d’abord concrétisée par la certification RJC et le traitement des eaux usées. Mais la directrice générale Candice Aurouet-Harel insiste également sur des petites actions spontanées du quotidien qui contribuent à une conscience collective de la RSE en interne, et à un épanouissement du personnel dont la conséquence concrète est un faible turnover.

Quant à Mathon Paris, la PME de 48 salariés lauréate du Prix RSE 2025, joaillier façonnier partenaire de grandes Maisons de la place Vendôme, sa directrice Aude Mathon est revenue sur son expérience. La croissance de l’entreprise et l’impulsion de leurs donneurs d’ordre ont largement contribué au succès de la démarche RSE qui représente malgré tout un coût non négligeable (un budget annuel de 70K€). L’entreprise s’est faite accompagnée par un cabinet extérieur. 

Quelles sont les opportunités de la Seconde Main dans le secteur HBJO ?

La Seconde Main, le re-owned, ou encore le re-loved, est devenu un véritable phénomène de consommation et, de fait, une nouvelle économie qui échappe aux marques. D’où l’intérêt grandissant de certaines qui ont décidé d’investir ce marché et de capitaliser sur leurs pièces Vintage. C’est le cas de Christofle, qui a lancé sa collection Vintage en 2022, d’abord prudemment, pour atteindre l’équilibre en 3 ans en faire une véritable business-unit, aux process industriels spécifiques. Mieux : la demande de pièces vintage alimente la création des collections actuelles !

Même constat chez Lepage, qui a ouvert sa première boutique dédiée à la Seconde Main à Lille, et s’apprête à renouveler l’expérience à Strasbourg. Pour Hervé Vercoutère, responsable de la filiale Time Collector, le vintage valorise le neuf.

Maximilien URSO, ex CRESUS et CEO de EFFICIO GROUP constate lui aussi l’influence du Vintage sur le neuf. D’anciens designs Vintage reviennent à la mode comme les petits formats de boitiers de 35mm dans l’horlogerie.

Et ce n’est pas Fabienne LUPO, créatrice du salon RELUXURY qui démentira. Dès sa première édition en 2022 à Genève, le salon a remporté un vif succès, la circularité attirant toutes les générations. La prochaine édition se tiendra à Paris en novembre 2026.

Ce nouveau marché est difficile à estimer (les chiffres tournent entre 36 et 50 milliards de dollars dans le luxe), mais les marques s’y intéressent de plus en plus car c’est tout un business qui leur échappe. Richard Mille propose une catégorie de montres d’occasion sur son site. Jaeger-LeCoultre propose sur son e-shop un corner The Collectibles, programme dédié à la recherche, à la restauration et à la mise en vente de pièces rares de la Maison issues de l’âge d’or.

Ce qui est clair, c’est que le Vintage doit être envisagé comme un nouveau business à part, et pas un side business.

Le prix RSE 2026 a consacré la joaillerie éthique et la fantaisie made in France

Si le premier prix RSE a été décerné à un concept store promouvant les beaux Arts de la Table éthiquement sourcés, La Trésorerie, les deuxième et troisième prix ont respectivement récompensé Paulette à Bicyclette, joaillerie éthique, et Retour de Plage, bijouterie fantaisie made in France.

Hélène Grassin a fondé Paulette à Bicyclette en 2006, et s’est spécialisée dans la bijouterie éthique à partir de 2010. D’ailleurs, elle fut la première marque à obtenir le label Fairmined en France. La marque a créé 14 emplois, brassé 70 kg d’or Fairmined et reversé 280 000 euros aux mines latino-américaines partenaires. Par ailleurs, Hélène travaille avec des saphirs d’Auvergne.

Retour de Plage est une bijouterie fantaisie créée dans les années 80 sur un concept simple d’upcycling : créer des bracelets brésiliens avec des éléments de cordages de voilier inutilisés. Gilles Renouf, son actuel dirigeant, a repris et développé l’entreprise en restant sur le créneau du bijou fantaisie. Avec un panier moyen à 21 euros, l’entreprise compte 14 boutiques, 74 salariés (dont 54 fabriquent les bijoux) et 31 techniques de fabrication enseignées en 6 mois de formation répartis sur 2 ans. Du made in France abordable qui se vend, c’est un tour de force quand on sait la concurrence féroce des pays asiatiques.

Enfin, saluons également 2 entreprises finalistes : la joaillerie éthique JEM et la maison horlogère APOSE

Hasard du calendrier, je rédige cet article le 24 avril 2026, alors que la France atteint son « jour de dépassement écologique » avant ses voisins européens. Concrètement, cela signifie que la France a consommé la totalité des ressources que son territoire peut générer en une année. Nous vivons à crédit écologique. La maison brûle, et nous regardons ailleurs.

La RSE n’est pas une mode mais une urgence. Quelques entreprises du secteur HBJO l’on bien compris car il en va de la pérennité de leur activité, de la survie de leur marque et du maintien de nombreux emplois. Cette journée aura eu le mérite de nous montrer quelques pistes : recyclage, sobriété et durabilité sont désormais nos alliés pour une économie plus raisonnée.